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Les IPR-EVS de Lyon revisitent le métier

D 14 novembre 2016     H 09:08     A Bureau de l’APDEN Lyon     C 0 messages


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En date du 9 septembre 2016, un courrier émanant de nos IPR-EVS, intitulé « Refondation de l’École, réforme du collège et place des conseillers principaux d’éducation et professeurs documentalistes », a été adressé aux chefs d’établissement. Certains professeurs documentalistes ont eu connaissance de ce courrier relayé par les secrétariats de direction, il est disponible au format PDF en fin d’article.

L’A.P.D.E.N. Lyon, avec la section CGT Ain, le SGEN-CFDT et le SNALC, entend réagir à cette lettre dont le statut n’est pas clair, entre lettre de rentrée et courrier informel, et dont de nombreux points posent problème.

Il convient de remarquer tout d’abord que la démarche de notre inspection est pour le moins étonnante, d’abord parce qu’elle change sensiblement la nature de nos axes de mission, en particulier notre mission d’enseignement pourtant rappelée clairement dans le référentiel de compétences professionnelles en 2013, ensuite parce qu’aucune communication n’a été faite à destination des professeurs documentalistes, principaux intéressés, sur les questions soulevées par l’inspection dans ce courrier.

On peut s’étonner par ailleurs d’une certaine confusion dans les axes de mission que chacun est amené à respecter dans l’établissement. Ainsi est-il écrit que « [les professeurs documentalistes et les CPE] se distinguent des autres personnels enseignants par des missions et des modalités de travail qui leur sont propres ». Or, si la circulaire n° 2015-139 du 10 octobre 2015, pour les CPE, leur confère « la responsabilité éducative de l’organisation et de l’animation de la vie scolaire », ils se distinguent des professeurs documentalistes en cela qu’ils n’ont aucune mission d’enseignement. Que ce soit par le référentiel de 2013 ou par le décret de 2014 sur les obligations réglementaires de service, les professeurs documentalistes partagent avec leurs collègues d’autres disciplines les missions communes à tous les enseignants auxquels des axes de missions spécifiques s’ajoutent sans pour autant les distinguer. Il semble qu’avec la mise en œuvre de la réforme du collège, la tentation de notre inspection soit grande de confondre les deux métiers vers l’accompagnement éducatif. La vision « Établissement Vie scolaire » ne peut ainsi que réduire le regard porté sur les professeurs documentalistes.

Les quatre pistes de réflexion proposées laissent ainsi dubitatif... Et l’ordre donné à ces pistes est loin d’être anodin.

Comme lors des formations obligatoires données en 2015/2016, c’est d’abord l’accompagnement personnalisé (AP) qui est privilégié. Nous pouvons lire que les professeurs documentalistes ont à prendre en charge « les élèves les plus en difficulté pour leur apporter des méthodes de recherche et de traitement des informations, enrichir leur culture en leur donnant envie de lire et en éveillant sans cesse leur curiosité », leur permettre « de retrouver du plaisir à apprendre, seul ou avec d’autres, dans d’autres lieux que la classe avec des démarches plus collaboratives ». C’est ici une redéfinition qui est faite de la mission des professeurs documentalistes. Au-delà des tournures rhétoriques qui supposent une adhésion au principe d’aider ces élèves, c’est oublier, dans l’ordre des priorités, la nécessité d’apprentissages systématiques, sur les différents domaines cités, notamment en information-documentation, avant de travailler avec les élèves en difficulté. C’est oublier que l’AP ne peut se tenir sans apprentissages préalables, sans évaluations et diagnostics des élèves selon une progression possible. Au-delà de cela, la mise en valeur d’une mission qui n’est pas la mission première des professeurs documentalistes vient à l’encontre des cadres réglementaires relatifs à la profession. La volonté de pousser à la collaboration avec les CPE relève d’une logique EVS qui n’est pas davantage acceptable, tant le rapport artificiel et restreint des professeurs documentalistes à ce domaine apparaît plus que jamais problématique dans ce contexte de la réforme.

Le deuxième axe concerne le dispositif des enseignements pratiques interdisciplinaires (EPI). Là, le professeur documentaliste, « par son expertise dans des domaines transversaux, peut venir en appui des enseignements interdisciplinaires ». C’est rejeter l’idée d’une responsabilité enseignante des professeurs documentalistes, c’est réduire leur rôle pédagogique à « l’appui », ce qui n’a pas grand sens, au regard des compétences de ces professionnels en matière d’enseignement et de l’exigence du travail didactique et pédagogique réel. Au-delà de rares interventions dans lesquelles le professeur documentaliste ne fait que mettre à disposition des ressources et outils, avec un intérêt pédagogique relativement faible, cette approche n’a rien de satisfaisant quand on souhaite voir se développer, comme on nous le demande officiellement dans les textes d’ordre national, programmes ou référentiel, la culture de l’information et des médias des élèves.

Le troisième point traite de l’éducation aux médias et à l’information (EMI), qu’on aurait pu attendre de voir apparaître en première position, quitte à ce qu’il soit, en toute logique, décliné ensuite dans des dispositifs nouveaux. Partons des enjeux et des besoins avant de préciser la mise en œuvre concrète ! Deux problèmes se posent ici. Le premier est que les champs de l’EMI sont particulièrement réduits dans le texte introductif, ainsi on ne peut admettre un résumé à « la capacité de l’élève à trier et à sélectionner l’information pertinente et fiable pour comprendre et faire face à la complexité du réel et de la vie ». Au-delà de la fin de cette phrase, que nous nous garderons de commenter tant elle renvoie à des considérations vagues, le texte oublie tout simplement trois des quatre aspects de l’EMI, à savoir la maîtrise des environnements informationnels, le recul critique sur les médias, le numérique et l’information, enfin la responsabilité légale et éthique relative à l’information. Le deuxième problème est que les professeurs documentalistes, après l’introduction, sont « engagé[s] dans la mission essentielle de mobiliser les élèves par une pratique citoyenne des médias, en développant progressivement leur autonomie et leur esprit d’initiative ». Si la mission est essentielle, elle est ainsi réduite à des savoir-faire, sur les médias, sans considérer un quelconque transfert de savoirs, sans considérer leur travail global en information-documentation, vers une culture de l’information et des médias dans ce qu’elle regroupe de plus large. Si les précisions données ensuite permettent de mieux comprendre l’EMI, elles ne concernent plus les professeurs documentalistes dans une mission enseignante : ainsi, avec les CPE, qui n’ont aucune compétence dans ce domaine, « ils sont appelés à jouer un rôle moteur auprès de leurs collègues »…

Enfin, dernier axe, l’inspection insiste sur l’autonomie et la responsabilisation des élèves. La partie ne suscite pas grand intérêt, là sur un aspect encore redéfini de la mission des professeurs documentalistes, « soucieux de favoriser l’émergence d’une parole originale chez chaque élève tout en lui offrant des conditions d’un véritable travail en interaction avec l’adulte et en suscitant une collaboration active avec ses pairs ». Cette manière d’apprendre aux professeurs documentalistes leur métier pose question, d’autant plus quand le texte ne leur est pas adressé.

La boucle est bouclée, pour un soutien faible du métier, quand les inspecteurs précisent à la fin que c’est « à eux [professeurs documentalistes et CPE] de faire valoir l’originalité et l’intérêt de leur approche professionnelle et de leur expertise », notamment en qualité de conseillers techniques !

Pour conclure, cette lettre de rentrée pose problème parce qu’elle rend floues, pour ne pas dire qu’elle dévoie nos missions. Elle pose plusieurs questions chez les collègues. A quel(s) texte(s) se fier ? Quel discours écouter ? Qu’est-ce qui explique cet écart entre le référentiel de compétences et ce courrier, entre les contenus de la formation initiale et ce courrier ? Courrier, rappelons-le, adressé à nos chefs d’établissement, qui ne semble pas reconnaître l’aspect pédagogique de notre métier, et n’en retient que les éléments de de pilotage qui nous éloignent des enjeux de l’information-documentation.

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SGEN CFDT Académie de Lyon
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CGT Educ’Action Ain
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A.P.D.E.N. Lyon
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SNALC Lyon

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